Je n’ai pas de savon très spécial à poster, puisque la plus aboutie de mes créations récentes, le savon Tadjoura, je l’ai égoïstement gardée pour mon blog perso. Je ne suis malheureusement pas comme notre chère amie Mystic et je n’ai pas une idée géniale de savon tous les jours.

Comme l’activité de notre beau blog tourne au ralenti en ce moment, je me permets de poster mon petit savon d’été tout simple. Il faut dire que depuis que j’ai à peu près compris comment réaliser un one pot, je m’en donne à coeur joie, tous les prétextes sont bons pour en faire de nouveaux. En plus j’ai une prédilection toute particulière pour le colorant glycériné  » Blue teal », que vous pouvez trouver à l’adresse suivante chez TKB.

C’est un pigment très surprenant qui donne plusieurs nuances de bleus, de bleu clair à violet selon les huiles et la quantité utilisées. En plus il est très très économique, j’en suis à 7 kg d’huiles colorées de façon diverses avec mon petit flacon de 15 ml et il m’en reste encore. Le prochain essai étant un one pot à deux couleurs (dont ce bleu fétiche) en plus du fond. Maintenant j’y vais progressivement, parce que mon dernier essai à 6 couleurs a fini en rose uni, n’est-ce pas Mystic?

Mais ce bleu est aussi un peu (beaucoup?) magique. Le fournisseur avertit que la couleur va changer dans un milieu basique et c’est ce qui fait le charme de ce bleu surprenant. Au moment où on le mélange à la pâte, il passe soit au violet vif (si on en a mis beaucoup), soit à un vilain gris souris. Plus aucune trace de bleu, il faut faire confiance à son intuition pour le dosage. Donc mon one pot était blanc et gris, puis au bout de quelques heures il est devenu blanc et vert. Juste avant d’aller me coucher, je suis allé voir mon savon dans le four (il avait environ 6-8h)  et là, stupeur, il était uni et blanc comme de la neige, d’un beau blanc éclatant. Je m’attendais au pire le lendemain, mais voilà ce que j’ai découvert: un joli ciel d’été comme je l’avais prévu.

Je vous montre déjà la photo:

Je vous donne sa recette toute basique:

30%  HV de coco

60% HV d’olive bio d’Italie

10% de beurre de karité brut bio

Eau et soude pour un surgras de 9%, maximum d’eau

Dioxyde de titane pour blanchir la pâte

quelques gouttes de pigment glycériné blue teal de TKB (environ 2-3 ml)

Fragrance figue sauvage de Sensory

One pot avec environ 1/5 de la pâte colorée en bleu

J’aime beaucoup les pigments glycérinés de TKB, je trouve qu’ils réservent moins de surprises que les poudres, hormis ceux dont la couleur change dans le milieu basique. Ils sont faciles à doser et en général plutôt économiques, sauf l’orange néon, qui donne un magnifique ton saumon, mais il faut en mettre beaucoup. De plus il y a le choix parmi 95 coloris. Ce sont souvent des mélanges subtiles d’oxyde, d’ultramarines et de micas. Je suis fan et je rêve de posséder les 95 coloris, en grand flacon, soyons fous.

La fragrance m’a aussi réservé une surprise. Je n’ai aucune idée du vrai parfum des figues sauvages, vu qu’elles ne poussent pas chez nous (le réchauffement climatique va y remédier!), mais dans le flacon la fragrance a une odeur assez indéfinissable, pas désagréable, mais un peu bizarre. Après le passage de madame la Soude, elle s’est transformée en massepain, on a vraiment envie de croquer dans le savon à pleines dents.

Après toutes ces remarques bien terre-à-terre, un peu de spiritualité. Le ciel, le figuier, ça ne vous rappelle rien? Mais si, l’épisode du figuier maudit par Jésus dans l’Evangile de Marc (chap 11). Cet évangile a été écrit à la fin du premier siècle, peu après la prise de Jérusalem par les Romains et la destruction définitive du Temple. A ce moment, l’Eglise naissante, qui était encore une secte juive se sépare de la communauté juive. Les deux branches de la communauté se développent de façon différente avec d’une part l’Eglise qui s’ouvre aux païens et le judaïsme qui se réorganise autour de l’enseignement des rabbins traditionnels qui aboutira à la rédaction du talmud. La tension entre ce qui n’est alors que deux branches de la communauté juive est à son comble. C’est dans ce contexte de séparation douloureuse qu’il faut placer les paroles mises dans la bouches de Jésus par les évangélistes fustigeant le Temple et les Pharisiens. Il ne s’agit certainement pas des paroles du Jésus historique comme l’appelle l’exégèse.

L’épisode du figuier maudit se situe après les Rameaux qui marquent l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et juste avant qu’il ne chasse les marchands du Temple. Le figuier est ici une image du Temple et de son système de pureté si rigide qu’il avait conduit nombre de personnes à être exclues de la grâce de Dieu aux yeux des dignitaires religieux de l’époque, ce que Jésus conteste par son message et le choix de ses compagnons.

Si cet épisode doit nous parler aujourd’hui dans notre contexte laïcisé, on peut y lire un appel à ne pas se fermer aux autres, un appel à la tolérance  et à l’amour du prochain (porter de bons fruits), à la compassion. Nous ne devons pas nous enfermer dans un système de pensée et de jugement rigide mais rester ouvert à l’Autre, sous peine de devenir aussi stérile que ce pauvre figuier.

Voilà les quelques réflexions que m’a inspiré mon très modeste savon d’été à la figue sauvage et que je voulais partager avec vous.

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