Je vous présente aujourd’hui un savon qui m’a demandé beaucoup de recherche et de documentation. J’ai commencé à en parler avec Nansou et Irène il y près de 6 mois. Mon projet m’a amenée à lire plusieurs livres d’archéologie consacrés à ma région. Il y a beaucoup à dire sur les Lacustres, aussi ai-je divisé mon article en deux. La deuxième partie se trouve sur mon blog perso afin de ne pas allonger démesurément ce post.

Ici je vous parlerai surtout de l’aspect symbolique et mythique de ce sujet, je réserve les considérations plus scientifiques pour l’autre article.

Si la ville de Neuchâtel s’apprête à célébrer son millénaire, l’année prochaine je crois, les Lacustres nous ont précédé de plus 5 millénaires et demi. En effet les rives de notre beau lac sont habitées depuis 4500 avant notre ère et tous les petits Suisses sont allés visiter les villages reconstitués, ou les restes de certains sites dont on ne voit plus que les pilotis immergés. Il y a des fêtes lacustres, on met des maisons lacustres au milieu des ronds points de la région, bref on a l’impression que nos amis les Lacustres sont toujours parmi nous.

Je me souviens d’une fête très réussie qui s’est déroulée il y 5 ou 6 ans sur une colline de la région. Les gens étaient habillés soit en Lacustre soit en Hippie (pour avoir l’entrée gratuite, seuls les contemporains payaient !). Nous avons passé deux jours formidables à faire des ateliers d’artisanat, à écouter des conteuses ou des bardes en grande tenue et à écouter de la musique celtique en buvant de l’hydromel. Comme j’ai un faible pour la période hippie et que c’est plus facile de trouver des habits de hippie que de lacustre, j’avais ressorti mes habits à fleurs pour l’occasion. Un très beau souvenir.

Si je remonte à des souvenirs nettement plus anciens, je me rappelle que j’allais me baigner sur le site de la Tène, comme beaucoup d’enfants du coin, une merveilleuse petite plage à l’eau peu profonde et on avait l’impression que nos amis les Lacustres, un peuple pacifique dont les maisons surplombaient le lac, venaient juste de quitter les lieux. On n’avait aucune conscience de la distance qui nous séparait de ces ancêtres.

C’est ainsi que j’ai voulu faire un savon qui unit les habitants de la région à travers le temps. Tous les éléments qui le composent ont une raison d’y être, sauf l’huile de babassu et l’acide stéarique qui ont simplement pour but de remonter l’INS. La palme et le coco sont des concessions aux lacustres modernes, qui aiment les savons qui moussent. Pour les autres ingrédients, ils existaient déjà à l’époque.

Voici la recette du savon lacustre et sa symbolique :

3% HV de babassu bio (INS)(Merci Irène))

6% d’acide stéarique (INS) (Merci Irène)

7% HV de palme (dureté)

34% HV coco (mousse)(pour faire plaisir aux lacustres modernes)

13% HV de colza bio (une huile produite actuellement dans la région)

14% HV d’olive de Sicile bio (marque les échanges avec d’autres cultures, on sait que cette huile était consommée à l’époque)

3% de saindoux (les Lacustres pratiquaient l’élevage)

10% HV de tournesol bio (un autre produit régional)

4% de macérat de feuilles de chêne sur HV de noisette bio (les fouilles ont révélé que les lacustres consommaient des noisettes et des noix, le chêne était un arbre sacré à l’époque)

3% de macérat de feuilles de gui sur huile de germes de blé bio (agriculture et plante sacrée, l’union de la nature, de la culture et du culte)

3% de macérat de feuilles de houx sur HV de noix bio (plante sacrée qui symbolise l’éternité, donc la continuité dans le temps du peuple du lac)

Soude pour un surgraissage à 9% dissoute dans de l’eau du lac

A la trace :

Purée de baies (les Lacustres pratiquaient la cueillette)

Fragrance gui (plante sacrée et concession aux lacustres modernes qui aiment les savons parfumés)

En décoration : de petits galets du lac récoltés sur la plage des Jeunes-Rives (Neuchâtel) en même temps que l’eau.

Je voulais mettre des algues du lac, mais je pense que l’eau est encore trop froide et je n’en ai pas trouvé des facilement accessibles… et je ne voulais pas me risquer à tomber dans cette eau glacée (j’aime les centres thermaux !!)

Pour celles qui s’interrogeraient sur l’odeur de ce savon, il est très proche de celui aux orties parfumé avec du sapin. L’odeur est assez discrète et agréable, parce que dans le flacon, cette fragrance sent un peu le désinfectant pour toilettes, par contre elle est agréable dans le savon.

Sur le plan technique j’ai eu quelques problèmes avec l’huile de babassu, qui est nouvelle pour moi. Comme j’ai nettement augmenté ma quantité de gras dur, j’ai dû faire le bain marie en deux fois, car je n’ai pas de grande casserole. De ce fait le babassu était déjà trop froid quand j’ai rajouté le reste et ne s’est pas bien mélangé.

En plus des photos du savon je vous laisse quelques images lacustres et je vous donne rendez-vous sur mon blog si vous désirez en savoir plus sur ce peuple.

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