C’est avec beaucoup de joie et d’enthousiasme que je participe à ce blog commun. C’est aussi avec un grand trac que je publie ce premier article, moi qui ne suis encore qu’une débutante. Je sais que cet article aura bien plus de lecteurs que si je l’avais publié sur mon propre blog et j’en suis toute intimidée. J’en appelle à l’indulgence envers la très modeste fée que je suis.

Pour ce premier article, je vous présente une exclusivité, sans doute mondiale. En quoi ce savon est-il si rare? Non pas dans sa fabrication, très basique, mais dans son ingrédient principal, la moutarde de Bénichon.

C’est un produit typique du terroir fribourgeois, que l’on ne trouve qu’en automne. C’est une confiture aigre-douce fabriquée avec de la farine de moutarde, de la farine de fleur, du vin blanc, du vin cuit (poire), du sucre candy et de nombreuses épices dont la cannelle et l’anis. Chaque artisan a sa propre recette et on y trouve encore plusieurs ingrédients plus ou moins secrets. Elle doit aussi contenir un corps gras, peut-être du beurre ou de la crème double, autre spécialité locale. Elle se présente comme une confiture marron foncé, baignant dans un liquide gras. Son goût est aigre et étrange, il ne ressemble à rien d’autre. Travaillant à Fribourg depuis 2 ans, j’ai découvert ce produit, mais ne l’apprécie absolument pas.
La Bénichon marquait autrefois la fin du cycle des travaux agricoles, c’était une fête paysanne, mais aujourd’hui, elle devenue une importante fête de famille à Fribourg.

Comme je désire faire des savons du terroir, j’ai pensé que cette texture très grasse conviendrait bien au savon. Je pense avoir trouvé là le vrai usage de cet étrange produit.

J’aime beaucoup l’huile d’olive dans les savons, mais je désirais rester au plus près des produits suisses, et nous ne cultivons pas l’olivier. Par contre, il y a d’importantes culture de tournesol et de colza. Donc mon choix s’est porté sur ces huiles locales. J’ai dérogé à cette règle pour l’huile de palme et de coco, bien évidemment.
De même, je n’avais aucune idée de la façon dont la soude allait traiter la moutarde de Bénichon. Pour m’assurer que ce savon aurait un parfum, j’ai choisi d’ajouter 3% de fragrance cannelle.
N’étant pas sûre du tout du résultat, j’ai opté pour un petit batch d’un kilo. Mais vu le succès rencontré par ce savon auprès de mes amis et collèges, de Fribourg ou d’ailleurs, je vais essayer de racheter de la moutarde avant la fin de la saison pour augmenter mon stock de savons.

Je vous donne sa recette:

10% hv palme
30% hv coco
20% tournesol bio (local)
40% colza bio (local)

Eau et soude à recalculer pour un surgraissage à 8%

A la trace fine: 1 petit pot de moutarde de Bénichon (200gr, soit 20% du poids des huiles) et 3% de fragrance cannelle.

J’ai versé ma pâte dans des moules individuels, parce que je préfère ce type de savon, mais surtout pour minimiser le risque d’une phase de gel, vu que je suis loin de connaître tous les ingrédient entrant dans la composition de cette moutarde. Le surgraissage a été augmenté vu le corps gras qui se trouve dans celle-ci, mais j’ignore aussi dans quelle mesure.

J’ai démoulé au bout de 24h et j’ai été agréablement surprise du résultat. Au bout de quelques jours, les savons ont foncé légèrement et ont pris un aspect rustique, certains sont un peu grumeleux sur le dessous, ce que j’attribue à la farine de la moutarde. Ils sentent divinement bon, à condition d’aimer la cannelle.

Voici quelques photos:
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